Nouveaux pères à la défense du #cheesechallenge

fromage au visage de bébé

Nouveaux pères à la défense du #cheesechallenge

Maman me filmait bébé

En 1989, alors qu’elle était enceinte de quelques mois, ma mère s’est procurée une caméra. À l’époque, les extraits vidéo étaient d’abord enregistrés sur de petites cassettes, qu’on devait insérer dans une plus grosse cassette, qui elle devait être glissée dans un lecteur VHS. C’était définitivement moins user-friendly qu’un iPhone.

Aujourd’hui, des dizaines de petites cassettes sont entreposées dans le sous-sol de mes parents. Il y a des heures et des heures d’enregistrements. Les partys de Noël de 1989 à 1996, mes anniversaires chez McDonald’s, les vacances à Old Orchard – prononcé oldatcheur –, des extraits interminables de moi qui rampe, joue, pleure…

Parmi toutes ces images, il y a un segment que j’adore. J’ai 8 ou 9 mois, je dors dans ma chaise haute. Ma grand-mère est à la maison, caméra à la main, complice de ma mère qui m’enfile des lunettes de soleil et me glisse une cigarette (éteinte) au bec. S’en suit un long moment où les coupables tentent d’étouffer les fous rires pour ne pas réveiller le poupon déguisé.  

Je n’étais qu’un tout petit bébé sans défense. Et des adultes se moquaient de moi sans mon consentement… Pourtant, tout ce que ça confirme, c’est à quel point j’ai grandi dans une maison pleine d’amour. J’adore cette vidéo.

Lancer une tranche de fromage jaune à un bébé, c’est correct?

Pas plus que de lui mettre une cigarette à la bouche, je dirais. Pourtant, j’ai beau peser le pour et le contre, je ne vois pas pourquoi on s’insurgerait de cette blague. Parce que oui, ce n’est qu’une blague. Aucun parent n’a d’autre intention que de rire un bon coup en tentant l’expérience de la tranche de fromage jaune.

J’ai vu sur les médias sociaux une tonne de mamans (et quelques papas) monter aux barricades :

C’est ridicule! Je n’ai pas ri une seconde! C’est nul comme blague!

J’ai ri. D’autres non. C’est normal, l’humour fait souvent ça. Sauf que le débat n’était pas sur le niveau comique du #cheesechallenge, mais plutôt sur l’aspect moral du geste.

S’en prendre à un bébé sans défense, c’est inacceptable! Pourquoi ces parents ont-ils eu des enfants? Il faut vraiment être imbécile pour participer à ça! Ririez-vous autant si on lançait du fromage à nos aînés dans les CHSLD?

Woooo! On respire et on sourit. Ce n’est peut-être pas de la haute voltige cérébrale, mais c’est un gag tout à fait défendable qui ne fait de mal à absolument personne.

À tous les insurgés du World Wide Web, sachez que je vous ai lus. Vos arguments se sont rendus jusqu’à moi. J’espère que mes réponses trouveront leur chemin jusqu’à vous.

1 – Lancerais-tu une tranche de fromage à une personne âgée?

Évidemment pas. Ce serait un manque de respect flagrant. C’est justement pour ça que le #cheesechallenge ne cible pas les aînés. Pour que ce soit drôle, il faut que ce soit une tranche de fromage jaune et un bébé. Tous les exemples boiteux où ces deux éléments seront remplacés par autre chose ne tiennent pas la route. Lancer un brie à un Baby boomer, ce n’est pas drôle. Lancer un cheddar à une cégépienne, ce n’est pas drôle.

Par contre, la combinaison tranche de fromage jaune et bébé, ç’a quelque chose d’hilarant. Oui, c’est très personnel, mais ça fait rire plusieurs personnes, et pas seulement des imbéciles sadiques. C’est ça l’humour.

Ha, en passant. Les personnes âgées, si tu veux les respecter, arrête donc de les comparer à des bébés de 6 mois…

2. Le @cheesechallenge, c’est du gaspillage de bouffe!

Sérieux, c’est ça qui te choque? J’imagine que tu es contre les pĩnata parce que ça gaspille du papier mâché? Accroche-toi bien, je ne mange pas tout le temps mes caps de tomates et il arrive que je jette le pied du brocoli. Sauf qu’on a un jardin, on composte, on covoiture… il va falloir que tu aies de sacrées bonnes statistiques pour me faire la morale sur le gaspillage d’une tranche de fromage jaune. Anyway, le sais-tu vraiment, si je la mange ou pas ensuite?

Entre vous et moi, c’est moins pire de lui lancer dans le front que de lui faire manger…

3. Le pauvre bébé sans défense et le lien d’attachement brisé

Je suis son père. J’ai positionné un mur de coussins autour de lui alors qu’il est assis sur le tapis du salon. J’ai fixé tous les meubles susceptibles de basculer aux murs dans la maison. C’est moi qui le tient propre, qui le réconforte, qui le cajole et qui le berce. J’ai d’une main une tranche de fromage jaune – le projectile le plus inoffensif jamais dirigé vers un bébé – et de l’autre, une débarbouillette humide et un savon. Dès la fin de la vidéo, je prends mon homme dans mes bras et nous rions ensemble pendant que je lui lave le coco. Il est sans défense, vraiment?

Cette vidéo-là, c’est un souvenir que j’ai déjà hâte de lui montrer dans quelques années. Peut-être prendra-t-il sa revanche… ou voudra-t-il le partager à ses amis. Chose certaine, comme ce souvenir de moi avec une cigarette et des lunettes de soleil, cette vidéo lui prouvera qu’il a grandi dans une maison pleine d’amour où les rires jouaient en background.

Arrêter d’intellectualiser tous les sujets. Vous êtes fâchés pour rien. La vie, c’est beau!

(mise à jour : 6 mois après la publication de cet article, le lien d’attachement est encore très fort entre mon garçon et moi. Bon, il pisse dans ses culottes quand on lui montre un grilled-cheese… MAIS Y’A AUCUN LIEN!)